81. 30 Septembre 2026. Correspondances géopoétiques. A nos liens

[Actualité publiée le : 29 Sep, 2026]

Il est des liens curieux et créatifs. Il y a quelques années, ma voisine Babeth, m’a confié un vieux recueil de poèmes aux pages jaunies et racornies par le temps. Le titre est d’une simplicité sans égard : “Poèmes sarthois”. Après l’avoir feuilleté et lu quelques poèmes m’amenant à la déduction que le poète Honoré Broutelle trace des lieux sarthois auxquels s’entrelacent des vies à la campagne et des réflexions personnelles, je le range précieusement dans ma bibliothèque.

En préparant la prochaine émission L’écho poétique pour Fréquence Sillé, Virginie Lelièpvre, notre chroniqueuse, nous présente le poète Lucien Pouedras. Ressort aussitôt de ma mémoire, ce vieux recueil de poésie. Les pratiques poétiques de chacun se correspondent si bien que notre émission sonnera au cœur de la poésie paysagère. Il s’agira de la quatrième émission et elle sera la première à être thématique.

Je profite alors des cafés poésie pour y lire à haute voix le poème « Alpes mancelles » que j’ai aussi publié dans le n°80 de votre revue de poésie préférée. Je présente également la gravure sur bois. Bernard Victor nous partage alors avec émotion la mort de son père tué par un taureau. Par respect, je ne l’ai pas dit… mais moi aussi, j’ai affronté un taureau dans un pré. Ma grand-mère a eu juste le temps de me hurler «Nathalie, fais la morte ! ». J’avais 5 ans et je n’avais jamais encore vu de mort mais je me suis souvenue d’une vache morte sous un arbre près de la rivière. J’ai fait comme elle. Je me suis couchée et j’ai arrêté de respirer. Dépité, le taureau s’en est allé. À moi aussi, la gravure sur bois me fait écho.

L’après-midi, nous allons avec une journaliste et un photographe de la revue Le pèlerin en vue d’une publication à paraitre le 1er octobre sur les cafés poésie de Sillé-Conlie. Je découvre qu’un des membres du café poésie habite à Saint-Léonard-des-Bois, juste en face du Roc du Haut Fourché, lieu nommé dans le poème « Alpes Mancelles ». L’histoire va-t-elle s’arrêter là ? J’ai l’intime conviction que ce recueil confié est en réalité un trésor. J’aime ces liens amicaux, littéraires et associatifs liés à des histoires de lieux vivants. Ils ont le don de m’enthousiasmer et de me faire penser que j’ai beaucoup de chances de vivre la vie que j’ai.

Il est aussi des liens invisibles qui se font et se refont malicieusement comme dans mon poème « L’un en face de l’autre ». C’est un poème qui est né sur la terrasse d’un restaurant. J’ai senti des liens naître, j’ai senti le poème. Je crois vraiment qu’être poète, c’est être présent aux éléments imperceptibles, avoir le cœur à les écrire et les Donner à voir, pour reprendre le titre d’un recueil de poésie de Paul Eluard. Être poète, c’est aussi naviguer dans les questions et dans les plis du monde comme dans le poème d’Edith Azam édité dans le recueil 91 Poèmes de gratitude réunis par Albane Gellé. Il reste seulement deux places à l’atelier d’écriture « lirécrire dans la Sarthe », le 10 Octobre, à mon domicile. Les pointiplumes nous font le plaisir de discuter autour du recueil « Poèmes sarthois » et de sa gravure sur bois. Sabine Chaignaud nous présente à son tour les liens de l’enfance, recroquevillés dans les mémoires et dans les questions.

Avec tous mes remerciements pour vos soutiens sans cesse renouvelés, vos espoirs partagés, vos libertés exprimées, vos songes cachés, vos départs souhaités, vos compagnies rassurantes, vos merveilleuses métamorphoses, vos nouvelles adoptions, je vous souhaite de consolider vos fragilités en prenant bien soin de vos liens, ces plis du monde.

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