79. 31 Juillet 2026. Correspondances géopoétiques. A nos adoptions

[Actualité publiée le : 31 Juil, 2026]

Mézières-sous-Lavardin, le vendredi 31 juillet,

A vous,

Cet été, le monde brûle encore. Les incendies, les catastrophes, les guerres durables, les sécheresses, les masses de déchets, les violences politiques et les injustices climatiques se répondent dans un même fracas, comme si notre époque avait choisi son camp, celui de la destruction de la Terre.

Je continue de croire en l’humain, ce mammifère grand prédateur et destructeur du monde. Je continue à croire en sa capacité à se transformer. Depuis quelques temps, une figure m’accompagne. Après Homo detritus, lu chez Baptiste Monsaingeon, et après Homo rudus, né dans le sillage de mes ateliers rudophilo, ce dont je vous ai parlé dans ma lettre extime du mois dernier, un autre personnage est apparu plus nettement sous ma plume estivale et vacancière dans le Tyrol suisse, autrichien et italien : Homo gentillus. Avec ces deux ailes, il ne vient ni effacer la gravité du temps, ni rassurer à bon compte, ni faire la morale. Il désigne plutôt une posture à adopter pour le futur de la planète : celle d’un humain capable d’humilité, d’attention, de douceur active, de responsabilité terrestre.

Notre maison brûle, nous le savons depuis longtemps et nous regardons ailleurs. Nous avons essayé les révoltes, les révolutions, les innovations, la paix, la justice, l’amour, la guerre, les catastrophes, le déni, la terreur… Il nous reste peut-être à tenter d’adopter une posture trop souvent dévaluée, celle de la gentillesse. Ainsi, aux côtés d’Homo detritus, qui jette et détruit, et d’Homo rudus, qui pense au bord des décombres, apparaît un autre cousin, qui apprend à se sentir plus petit que le monde afin d’en partager la grandeur. Arne Næss, philosophe de l’écologie profonde, l’écrit très simplement : « Plus on se sent petit devant la montagne, plus on partage sa grandeur. Je ne sais pas pourquoi il en va ainsi ».

La grandeur ne serait plus dans la domination mais dans une juste relation. Et si l’humain devenait intentionnellement gentil ? Que serait un monde de gentils ? Le mot ennui vous vient sans doute à l’esprit. À tort. Vivre avec des gentils, c’est rire à gorge déployée tant leurs remarques vous paraissent incongrues ou ingénues. Leur gentillesse n’est pas faiblesse ; elle est une force d’hospitalité, une manière de ne pas ajouter de violence au fracas du monde qui nous entoure.

Je cherche depuis un certain temps à transformer mon écriture en écologie profonde, en condensé de vie. Vous trouverez après mon poème Homo Gentillus celui d’Honoré Broutelle, poète et graveur des paysages sarthois, dont les Alpes mancelles répondent discrètement au désir de montagne évoqué par Næss. Puis vous entrerez dans l’univers de Sabine Chagnaud, qui nous conduit vers les Joujouilles de Carol Houssais et vers une Terre intérieure traversée de blessures, de tendresse et de voix retrouvées. Là encore, il sera question d’adoption : adopter des œuvres, des poupées, des lieux, des récits, comme autant de manières d’accueillir ce qui fut un jour abandonné. Enfin, les Pointiplumes vous feront écho au monde que nous vivons actuellement même s’il a déjà été pensé par Lucrèce et Philon extrait de mon roman graphique préféré, Les Cosmogoniales, un chant de Silène de Hyacinthus.

Avec tous mes remerciements pour vos soutiens, vos espoirs, vos libertés, vos songes, vos départs, vos compagnies, je vous souhaite un été plein de métamorphoses et d’adoptions nouvelles.

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